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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 10:05

K2-copie-1.jpg

 

Mes gants étaient limites, tandis que le reste de mon corps tenait bon contre la paroi glaciale. Les rafales de vent soufflaient forts, c'était comme si plus d'un milliers de lâmes me transperçaient par centaines de secondes. Mes narrines reniflaient, rejettaient du liquide nasal. Mes sudations humectaient faiblement ma panoplie d'alpiniste, mais c'était amplement suffisant pour que les souffles de hauteurs puissent en faire des alliés à leur cause. Je ne suis plus que tout seul. Je n'ai pas le temps de repenser à mes compagnons tombés en cours de route, ils savaient les risques qu'ils prenaient. La colère de Vâyou est stimulante. D'un coup je me tiens à deux mains sur le manche du piolet bien planté sur la paroi. Mon corps essaie de décrire le sens inverse des aiguilles d'une montre, puis les pointes de mes chaussures me font reprendre un semblant d'équilibre. Je me propulse de toute mes fortes pour attraper le rebord de l'objet de mon exploit et me hisse dessus en opérant une roulade. A quatre pattes mon réflêxe est de fixer le vide strié par des chûtes de neige, puis je retombe assis, les bras en l'air pour sortir un cri à pleine puissance pulmonaire. Je l'avais fait. Je ne faisais pas seulement partie des trois cent sur cinq mille parvenus à escalader le K2, j'étais le seul à l'avoir grimpé en saison hivernale. J'éprouve une satisfaction supérieure à celle que j'avais ressenti lors de l'ascension de l'Everest, ou par rapport à celle de l'Annapurna où je n'avais pas perdu autant d'effectifs. Nous aurions été des petits joueurs si nous nous étions contenté de passer par l'arête des Abruzzes au sud-est. L'arête Nord c'était plus excitant. Je souffle. Mes pensées sont confuses. La neige éternelle m'arrache une larme sâline qui s'en va au loin pour se dissoudre. Je me relève, poings vers le ciel que je voudrais atteindre, palper. Trois ans de travail intense s'achevait. Le prix est élevé, mais il en vaut le coup.

Je sais une chose: je fais désormais partie des vainqueurs. Les vainqueurs, ce sont des dieux triomphant depuis des hauteurs asphyxiantes pour le genre humain.

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Published by polemika
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