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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 00:46

Maurice Blanchot - Thomas l'obscur

 

 

 

 

" Par malheur, il était trop tard: elle n'avait plus le corps ni le visage de ses sentiments, et il ne lui était plus possible d'être gaie avec gaieté. Maintenant, à tous ceux qui venaient, n'importe qui, cela n'avait pas d'importance, le temps préssait, elle exprima, par ses yeux fermés et ses lêvres pincées, la plus grande passion qui eut été ressentie. Et, l'affection ne suffisant pas pour dire à tous combien elle les aimait, elle eut aussi recours aux mouvements les plus durs et les plus froids de son âme. C'était vrai qu'en elle tout durcissait. Jusqu'alors, il lui restait la souffrance. Elle souffrait pour ouvrir les yeux, pour recevoir les plus douces parôles: seule manière, pour elle, d'être émue et jamais il n'y avait eu plus de sensibilité que dans ce regard qui achetait le seul plaisir de voir par des déchirements cruels. Mais, à présent, elle ne souffrait presque plus; son corps atteignait l'idéal d'égoïsme qui est l'idéal de tout corps: il était le plus dur au moment de devenir le plus faible, corps qui ne criait pas sous les coups, n'empruntait rien au monde, se faisait, au prix de la beauté, l'égal d'une statue"

                                                                   Page 90

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