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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 23:42

 

Zero-dark-thirty.jpg

 

 

Kathryn Bigelow est une esthéticienne dont la qualité du travail n'a hélas pas un écho équivalent à celui d'un Mann, d'un Spielberg, ou d'un Nolan. C'est bien dommage. L'oeuvre la plus notoire de sa filmographie est  indiscutablement le mythique Point Break où un Keanu Reeves jeune premier va affronter un Patrick Swayze en chef de gang charismatique sur fond de sports extrêmes- et le disparu est nettemment plus crédible que dans la guimauve Dirty Dancing ou dans le très reagano-primaire Red Dawn qui aura été un prétexte pour réhabilitater le McCarthysme. Moins connu est Strange Days, véritable bijou apocalyptique qui sur la trâme d'un thriller hâletant combinait drogues virtuelles, milléniarisme, sexe, et ultraviolence.

 

"C'est lui, bam, c'est fait", propos du soldat américain qui a liquidé Oussama Ben Laden.

 

 

Le sujet est audacieux, mais casse-gueule: la traque de celui qui fut durant dix ans l'obsession principale du mal chez une Amérique qui se relevait de ses décombres. C'est sur nos ruines que nous parvenons à savoir qui nous sommes, disait justement Cioran. Pas certain que l'adage soit connu de l'industrie hollywoodienne, à moins que les oeuvres pétomanes pré-9/11 soient des sujets de réflexion philosophiques. Le problème principal avec les films qui traitent d'un fait médiatique récent- même cas de figure chez les livres qu'ils soient fictionnels ou journalistiques- est qu'ils ne partent pas le recul nécéssaire que cela implique et finissent souvent par jouer le jeu des clivages idéologiques qui, somme toute, veulent nous empêcher de penser par nous-mêmes. Je ne dis pas que c'est impossible, je dis que cinquante ans plus tard après un fait on disposera d'éléments susceptibles de pouvoir remettre en cause les versions officielles- un détail, si infîme soit-il, peut tout changer.

 

Donc pas de problème sur la qualité de l'image, ni sur le jeu des interprètes. Jessica Chastain méritait la récompense remise à la petite peste mignonette du haut de ses 22 ballets. Dans Zero Dark Thirty elle a un peu de Jodie Foster en Clarice Starling, la fausse-dureté en plus et le psychologisme empathique en moins. Menue, blafarde, avec la verve d'une employée de bureau qui n'hésitera pas à aller sur le terrain, ce sera elle- Maya- qui va réussir à coordonner les moyens pour débusquer l'ennemi numéro un et élément déclencheur de la croisade impérialiste contre l'Axe du Mal. Oussama Ben Laden sera son obsession, elle ne vivra plus que pour lui, travaillant sans relâche quitte à sacrifier sa propre vie intime. Rien ne l'arrêtera dans sa détermination. Ni ses supérieurs mâles administrés dont l'exigence de résultats va de pair avec un carrièrisme pur et dur, ni une de ses rares collègues féminin pourtant plus sage mais qui périra lors d'un attentat kamikaze, et encore moins des rebelles pakistanais fanatisés qui trufferont de plomb sa voiture au cours d'une embuscade râtée.

 

De Ben Laden on ne verra qu'une ombre pouvu d'une barbe et d'un nez acquillin.

 

C'est plutôt le fond du film qui pose malaise. Les scènes de torture qui ont tant indigné la CIA sont édulcorées par rapport aux nombreux récits sordides d'anciens prisonnier(e)s, de membres d'associations droit-de-l-hommistes, ou d'anciens soldats ayant plus ou moins eu recours à des méthodes de tortures. Bigelow n'est pas aussi radical que les scénaristes de 24 qui, eux, pour surenchérir la propagande néo-conservatrice, allaient jusqu'à distinguer la Bonne Torture ( celle des gentils exercée sur les méchants) de la Mauvaise Torture ( celle des méchants exercée sur les gentis). Bigelow est plus pudique. Elle n'insiste pas dessus, pour vouloir faire en sorte que le spectateur imagine leur teneur. Exemple, le film nous montre des tortionnaires qui pratiquent le water boarding ou la torture musicale ( mettre en boucle une chanson pour abrutir un détenu), et tient à démontrer que si elles auront des conséquences physiques et physiologiques sur le " dégradé" elles peuvent en avoir autant sur le tortionnaire, ce qui peut-être juste. Mais voila c'est que le film nous suggère " C'est dégueulasse, c'est odieux, mais il n'y avait pas d'autres solutions". On se doute bien que les éxécutants de la DGSE, du MI-5, ou des services secrets Russes, ne sont pas plus tendres dès lors que la raison d'état est invoquée. Le film fait l'impasse sur les dérives des intérrogatoires, qui sont justement des éléments à charge contre l'armée américaine et la CIA. On sait notamment que l'administration Bush a fait appel à des intervenants privés pour conduire des intérrogatoires...Et également que certains soldats ont profité de leurs fonctions pour infliger des sévices aux prisonnier.

 

iraq6-0.jpg

 

Ensuite, si Bigelow évite de se focaliser sur la figure de Ben Laden en le décrivant comme un nouveau Dr Fu Manchu- car on voit très mal comment à l'ère du numérique un homme pouvait diriger à lui-seul des milliers de mouvances aux activités diverses et variées, malheureusement elle tombe dans l'esprit revanchard. Que justice soit faîte, cette ordure doit payer ses crimes. Là encore, il y aurait des choses à dire. L'un des personnages interprêté par Kyle Chandler, on est loin de sa bonhommie dans Demain à la une, essaie justement de faire comprendre à Maya que le plus important sont les petits pondus par le chef terroriste, lesquels peuvent tout à fait reproduire le genre d'attentat massif qui vous glaçe le sang. Mais qu'à cela ne tienne, Maya est l'incarnation d'une Amérique obtue qui ne déverse des lâmes que lorsque elle se sent seule au monde. 

 

Pour conclure la capacité d'Hollywood de faire un film sans concession laisse songeur. Même les films entre guillemets "indépendants" nous révèlent vite fait leurs limites, ça parce qu'il faut trouver un distributeur qui décide si oui ou non le film détiendrait les critéres pour être montré au Grand Public. Ne pas oublier ces chers lobbys avec lesquels personne ne tient à s'éffriter. 

 

Note du film: 12/20

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Published by polemika
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